Portrait : Sara, soprane

© Nicolas Auproux

Est-ce que tu peux te présenter ?


Très jeune, je chantais beaucoup. Du coup, ma mère m’a inscrite au conservatoire du 18e. Au début, je voulais surtout jouer de la guitare mais il fallait d’abord faire une année de solfège et de chorale. Et en fait, j’ai tellement aimé le chant que je n’ai même pas fait de guitare. J’ai tout de même appris la flûte traversière et le clavecin ce qui me permet de m’accompagner quand je chante.
Du point de vue de mes goûts musicaux, j’écoute vraiment de tout : du bollywoodien au classique et à l’opéra, mais aussi de la variété française des années 50 à 70, les Beatles et plus actuellement, de la variété américaine. Je saute vraiment d’une musique à l’autre. C’est mon monde en fait. Cette manière d’écouter peut déranger certaines personnes, mais moi non. J’écoute plus particulièrement du classique quand je veux être au calme. Le fait qu’il n’y ait pas de paroles me permet de réfléchir tout en me détendant.
J’ai connu le COSU parce que j’étais parrainée au lycée et la femme de mon parrain était à la Sorbonne. Comme elle savait que je chantais, elle m’a parlé du choeur de la Sorbonne dont elle avait fait partie. J’ai su qu’en entrant à l’université, j’allais essayer d’intégrer le choeur.


Qu’est-ce que tu souhaites faire par la suite ?


Quand j’étais petite, je pensais que j’allais finir par travailler dans la musique. Mais ensuite, je suis entrée au collège-lycée international, dans la section arabe : quand on étudie d’autres langues, on s’intéresse à davantage de choses. Dans mon lycée, il y avait également une association, simulation des Nations Unies, qui organisait des conférences avec d’autres lycées du monde entier. Tout cela m’a progressivement mené à m’intéresser à l’humanitaire.
Très prochainement, j’aimerai faire une partie de mes études à la Sorbonne d’Abu Dhabi. Et après ma Licence de Sociologie, je voudrais intégrer un Master de Sciences politiques, spécialisé dans les relations internationales. J’aimerai bien travailler dans une instance internationale, une grande ONG, et même créer la mienne si possible, pour venir en aide aux populations qui en ont besoin dans des pays en guerre où il y a la famine. J’ai envie de voyager dans ma vie, d’aider les gens, de découvrir d’autres cultures et de ne pas rester seulement en France.


Qu’est-ce que tu aimes dans le fait de chanter au COSU ?


Je rencontre d’autres personnes avec qui je partage la même passion. Dans ma Licence de Sociologie, les gens ne sont pas vraiment comme moi, on vient tous de parcours assez différents. Mais j’ai l’impression que les musiciens à nous seuls, nous formons un groupe : on s’entend mieux. Et notre chef de choeur est vraiment génial. Je connaissais déjà Ariel Alonso quand j’étais petite parce qu’il donnait
des cours au conservatoire. Il avait même dirigé mon choeur pour quelques concerts. Déjà, je l’aimais bien, et là de l’avoir comme professeur, c’est superbe.
Et puis, j’adore chanter en choeur : chaque voix chante sa partie et l’ensemble nous emmène dans un autre monde. Avant, je n’avais jamais chanté dans un choeur mixte et je n’entendais pas la voix des hommes. Là, les hommes sont juste derrière nous, c’est très beau. Ça rajoute vraiment quelque chose.
En fait, je trouve la musique magique : tous les musiciens peuvent se comprendre. Par exemple, pour la Symphonie n°9 de Beethoven, nous chantions avec un choeur allemand et nous avons juste eu à apprendre la prononciation pour chanter tous ensemble. Pour ce concert, ce sont les choristes russophones du COSU qui ont fait la traduction phonétique des chants.


Qu’est-ce que tu penses du programme de ce concert ?


Toutes ces oeuvres sont une découverte. Je n’avais jamais chanté en russe avant. C’est une belle langue à chanter ! À certains moments, ça sonne un peu oriental et moi qui suis d’origine algérienne, j’écoute beaucoup cette musique, alors ça me parle.
J’aime beaucoup la Messe de Stravinsky et j’écoute l’oeuvre de Schnittke tous les soirs avant de dormir. L’oeuvre originale de Lise Borel est aussi très belle ; mais elle est spéciale. Ma soeur l’a écoutée, elle trouve que c’est un autre univers, une oeuvre assez étrange. Moi, cette création m’inspire de la souffrance, mais une belle souffrance. Ce n’est pas juste déplaisant, il y a une certaine beauté. C’est aussi assez spécial parce qu’il y a très peu de paroles. Pourtant, même sans mots, la musique nous fait ressentir cette souffrance.
Généralement, je n’invite pas grand monde aux concerts mais pour celui-ci, j’ai invité ma soeur et ma meilleure amie. Elles n’écoutent pas beaucoup de musique classique mais leur ai dit « Faites-moi confiance, vous allez vraiment adorer ». On parle de Résonances russes, et c’est vrai que les résonances sont magnifiques, d’autant plus dans l’Amphithéâtre Richelieu.


Peux-tu nous parler de votre travail sur ces oeuvres ?


L’oeuvre de Lise Borel est vraiment la plus difficile. Il y a énormément de voix différentes et il est très rare que l’on chante la même chose : par exemple, deux voix peuvent chanter deux textes en même temps qui n’ont aucun rapport. Il est également difficile d’entendre la logique du chant à certains endroits : ça crie, ça fait mal aux oreilles pour nous qui sommes dans le choeur. Cela demande beaucoup de concentration sur sa voix et sur le chef. Mais in fine pour le public, le rendu est très beau. En fait, en tant que choriste, je pense qu’il faut vraiment faire confiance à ce qu’on lit, au compositeur. Du coup, après avoir chanté Katerina au village, je trouve toutes les autres oeuvres très simples.
Mais il y a aussi la Messe de Stravinsky. Ariel Alonso nous donne souvent des métaphores ; et pour la dernière partie de la Messe, il dit « il faut s’imaginer un mouton qui passe par Tchernobyl ». En fait, le mouton est un animal que l’on sacrifie dans toutes les religions ; de plus, son passage par Tchernobyl le déforme entièrement. Parce que Stravinsky, c’est aussi assez spécial. Mais le contexte de l’oeuvre donne des explications : elle a été écrite à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, et elle est représentative du désordre ambiant. Cette messe présente ce désordre musicalement ordonné et il est très beau le désordre de ces voix qui chantent à l’unisson.