Portrait : René, altiste

© Pascal Meyer

Peux-tu te présenter et nous préciser ton parcours ?

Je m’appelle René Tambour, je suis altiste depuis six ans et je suis arrivé cette année à Paris. Actuellement, je suis en 2C4 au conservatoire du 6e arrondissement. Je suis aussi venu ici pour la licence de Musique et musicologie à Sorbonne Université et, par la même occasion, pour intégrer le COSU.

Qu’envisages-tu de faire par la suite ? Tes études ? Ton parcours professionnel ?

Ce que j’aimerais, c’est pouvoir être musicien professionnel. J’ai une très grande passion pour la musique. Je souhaiterais avoir mon propre groupe de musique de chambre. J’adore être dans des orchestres et j’aimerais profiter de ma passion pour en faire un métier. Je voudrais aussi utiliser ce métier comme moyen de partage, en étant enseignant et plus particulièrement professeur d’alto.


Pourquoi l'alto ?

Il y a un dispositif qui s’appelle « La réussite éducative » dans ma ville. Comme j’étais une personne assez – enfin, je le suis encore mais beaucoup moins – extravertie, qui aime s’exprimer, on m’a proposé de faire des ateliers de découverte instrumentale où j’ai notamment découvert le quatuor à cordes. Dès la première heure, j’ai directement accroché au son de l’alto. Je me rappelle encore de ce qu’a dit le professeur qui m’a fait découvrir les quatre instruments : il m’a dit que je serai le futur Paganini. Quand j’y pense ça me fait vraiment rire. Depuis, j’enchaîne les stages et c’est l’année suivante que j’ai intégré l’école de musique de Sens et que j’ai fait tout mon parcours jusqu’à la fin de deuxième cycle. J’ai énormément appris là-bas. C’était une école très conviviale, on était vraiment là pour le plaisir et ça m’a permis de progresser sans être dégoûté de la musique et du système. C’était très bien.


Qu’est-ce qui t’a motivé à rejoindre le COSU ?

L’ampleur de l’orchestre, déjà ! Dans mon école de musique d’origine, il n’y avait que très peu de violons dans l’orchestre. Ce n’était pas un effectif suffisamment large pour le développement de notre pratique orchestrale. J’ai eu énormément de retours sur le COSU avant d’arriver à Paris parce j’ai rencontré une altiste qui y était l’année dernière. Elle m’a raconté l’ambiance, les programmes proposés, me disant qu’on y jouait des symphonies, ce qui m'a interpellé car je n'en avais encore jamais travaillé. Pouvoir enfin avoir la chance de travailler du répertoire d’orchestre… Je me suis dit qu’il fallait vraiment le faire. Et puis, on se sent tellement bien dans cet orchestre que je ne regrette pas du tout mon choix.


Est-ce que le COSU t’aide à t’intégrer alors que tu arrives tout juste à Paris ?


Je viens de Sens, dans l’Yonne. Et, effectivement, je suis arrivé à Paris et je ne connaissais vraiment personne, à l’exception de deux ou trois musiciens qui viennent également de ma ville d’origine. Arriver dans une ville de cette ampleur, c’était vraiment difficile à gérer. L’Université m’a permis de créer des liens mais ce qui a vraiment élargi mon cercle social ça a été le COSU, un endroit où j’ai pu me faire des amis et m’épanouir.

 

Tout à l’heure, tu parlais de partage en disant que tu aimerais être professeur. Le COSU a à cœur de tisser du lien avec le public, au travers de ses répétitions ouvertes, ses concerts participatifs et ses pauses-musique. Que penses-tu de tout cela ?


Je ne sais pas encore comment se passent les répétitions ouvertes car je n’en ai pas fait, mais je trouve cela important de donner au public l’opportunité de découvrir le travail des musiciens et d’observer que, derrière les événements proposés, il y a du travail.
C’est tout de même un bon orchestre étudiant. On est vraiment dans la volonté de partager et donner accès à ce moment, où on est là à construire quelque chose pour eux, pour nos concerts, je trouve cela formidable. Pour ce qui est de la pause-musique, je trouve que l’idée de contextualiser les concerts qui arrivent est très bonne. Cela permet au public d’aborder le programme, sans être pour autant déjà plongé dedans, ce qui participe sûrement de leur envie de venir à nos concerts. J’ai remarqué aussi qu’entre chaque œuvre, il y avait des moments de discussion, une personne qui était là pour présenter… ce qui en fait donc un moment où l’on peut découvrir les œuvres, les décrire et les mettre en relation avec le futur programme.

Le concert participatif ça a été quelque chose quand même… pour l’orchestre en tout cas. Déchiffrer des partitions juste avant le concert c’était un peu… bon, c’était assez drôle mais on s’est plutôt bien débrouillé. Et, vraiment, donner accès au public, toujours dans l’idée du partage, je trouve ça vraiment très bien. En plus, le fait de mélanger le chœur et le public du côté chant, ça crée aussi une certaine cohésion et ça les rapproche de nous.


Que penses-tu du programme du concert à venir ? Comment l’appréhendes-tu ?


J’adore Debussy mais lorsque j’ai découvert la partition, je me suis demandé ce que je faisais au COSU, vraiment, parce que je la trouvais très difficile. Mais c’est juste qu’il fallait la travailler, chose que j’ai  faite. Je trouve dommage que cette œuvre n’ait pas été très populaire du temps de Debussy. Moi qui ai pour habitude d’écouter régulièrement Debussy, ça a vraiment été une découverte. Pour Rossini, honnêtement, j’ai vraiment hâte, et plus particulièrement pour le Stabat Mater. Jouer avec le chœur et les solistes… Je crois qu’en ce moment je ne fais qu’écouter les œuvres en boucle. De fait, à chaque fois que je joue mes parties j’imagine le chant… Ça me fait énormément rêver. L’œuvre en elle-même est très belle. Personnellement, je préfère l’introduction qui est très pesante, très grave ainsi que la dernière partie. L’Italienne à Alger est une découverte également. Je ne connaissais pas du tout et je trouve ça assez chouette pour un orchestre, pas très compliqué mais joli à l’oreille. J’ai hâte d’être au concert.



Y a-t-il une œuvre que tu préfères dans le programme de cette année ?


Je ne connais pas très bien le programme des chœurs. Je n’ai pas encore eu la curiosité de tout écouter, car il y a des choses que je ne connais pas. Mais cela m’a intrigué quand j’ai vu que l’on jouait la Symphonie n°3 « Eroica » de Beethoven. Là c’est encore un grand questionnement, parce que c’est une œuvre qui est très difficile, surtout pour les cordes, et ça me demande énormément de travail tous les jours. Il me semble que c’est une symphonie où les traits sont demandés à certains concours donc si je les travaille maintenant ça pourra me servir plus tard. Ça ne peut qu’être bénéfique. Donc je dirais la Symphonie n°3 « Eroica » – en tout cas pour l’orchestre – et le Stabat Mater de Rossini.


Tu écoutes seulement de la musique classique ?


Presque. À un moment je détestais ça. C’est fou quand même de me dire que je suis musicien classique alors qu’avant je détestais ça. Je faisais un peu trop confiance aux clichés habituels, c’est-à-dire que ce n’était pas de notre âge, que ça faisait trop réfléchir… Enfin, que ce n’est pas quelque chose que l’on doit écouter et qu’on devrait plutôt s’intéresser à la musique d’aujourd’hui plutôt qu’à celle d’avant… Donc j’ai continué un peu à poursuivre mon chemin dans les musiques actuelles. Maintenant, je m’ouvre de plus en plus à la musique classique parce que je suis une personne assez curieuse et que j’essaie de découvrir le grand répertoire. Me dire « Oh, peut-être que je jouerai ça un jour » me fait rêver.


Pour finir, si tu devais nous conseiller, sur le vif, trois œuvres musicales à écouter absolument, lesquelles serait-ce ?


J’ai envie de faire découvrir l’alto. Les gens citent des concertos pour violon, des symphonies, mais jamais de pièces pour alto. J’aimerais que les gens aient la curiosité d’en écouter parce que, mine de rien, je pense qu’ils savent que c’est un bel instrument… et je ne dis pas ça parce que je suis altiste.

Concerto pour alto et orchestre de Walton, qui est très intéressant, tout comme celui de Bartók. Le Duo pour violon et alto en sol majeur (K.423) de Mozart, la Sonate pour alto de Clarke qui est magnifique. Et puis j’ai envie d’en donner une quatrième, l’Élegie de Vieuxtemps.


Quelque chose à ajouter ?


Quelque chose à ajouter ? Le COSU, j’adore !

 

Propos recueillis par Marie Houillez, étudiante en Master 2 Médiation de la musique à Sorbonne Université et Assistante de communication et de médiation du COSU